« La mobilisation continue au rythme qu’elle doit avoir. Notre lutte prendra le temps qu’il faut mais elle atteindra ses objectifs. Les dictatures c’est comme un grand baobab, A force de lui donner un coup de hache chaque matin, il finira par s’écrouler un beau jour… », a déclaré l’activiste Marou Amadou lors d’une interview qu’il a accordé à la chaine internationale française RFI où il était l’invité Afrique du 17 septembre dernier.
Marou Amadou président du FUSAD (Front Uni pour la Sauvegarde des Acquis Démocratiques, principal mouvement de la société civile opposée au maintien du Président Tandja à la tête de l’Etat) vient de passer un mois à la prison de haute sécurité de Koutakalé à quelques kilomètres de Niamey. Plus que jamais engagé dans cette lutte démocratique, il se dit optimiste quand à la victoire de la démocratie et donc l’échec du Tazartché au Niger. Nous vous proposons l’intégralité des propos tenus par le leader de la société civile, désormais héros de la lutte anti-tazartché et du peuple nigérien tout entier pour son courage et sa détermination à lutter contre vents et marée et au prix de tous les sacrifices pour la consolidation des acquis démocratiques au Niger depuis plus d’une décennie.
RFI : Marou Amadou bonjour, comment allez vous ?
Marou AMADOU : Je me porte bien. Je suis rentré chez moi en bonne et parfaite santé, physiquement apte à continuer la lutte et moralement déterminé.
RFI : Aujourd’hui que vous êtes libérés à qui vont vos pensées ?
Marou AMADOU : Tout d’abord mes pensées vont à mon compagnon d’infortune Alassane KARFI qui est un militant du FDD (Front pour la Défense de la Démocratie, opposition) qui reste toujours en prison et dont la mise en liberté provisoire en appel ne sera examinée que le 6 octobre prochain. Je lui souhaite beaucoup de courage. Mes pensées vont également au journaliste Abdoulaye Tchiémogo le directeur de publication du journal Canard déchainé qui depuis deux (2) ans fait l’objet d’harcèlement de toute nature de la part du régime.
RFI : Après un mois de prison est ce que vous avez changé Marou Amadou ?
Marou AMADOU : Rires… je suis toujours déterminé dans le combat que j’ai toujours mené depuis bientôt quinze (15) ans pour les libertés démocratiques. Il faut croire que le Niger en particulier et l’Afrique en général doivent pouvoir être des terres de liberté et de vie, que nous ne sommes pas obligés de quitter le Niger et l’Afrique pour nous exiler en Europe et en Amérique parce que chez nous les dictateurs, la misère et la pauvreté font des terres impropres à la vie et à la joie. Je pense qu’aujourd’hui que le gouvernement est contesté de toute part pour son entreprise illégale et anticonstitutionnelle, nous devons absolument continuer ce combat même si nous devons y payer le tribut le plus lourd, je parle de la vie. En vérité la prison n’est rien du tout par rapport aux objectifs justes et nobles que nous poursuivons.
RFI : Avant d’être jeté en prison, vous appeliez à la mobilisation générale contre le maintien au pouvoir du président Tandja. Mais cette mobilisation n’a pas eu lieu, est ce que vous n’êtes pas découragés ?
Marou AMADOU : Au contraire ! Cette mobilisation continue au rythme qu’elle doit avoir. Notre lutte prendra le temps qu’il faut mais elle atteindra ses objectifs. Vous savez les dictatures c’est comme un grand baobab, A force de lui donner un coup de hache chaque matin, il finira par s’écrouler un beau jour.
RFI : vous avez luttez contre le referendum du 4 Aout mais il a eu lieu quand même, aujourd’hui vous luttez contre les législatives du 20 octobre prochain mais tout indique qu’elles auront lieu quand même, est ce que votre combat n’est pas perdu d’avance ?
Marou AMADOU : Excusez moi, ce referendum du 4 Aout, très peu de nigériens – on parle de moins de 10%, y ont pris part à l’adoption de cette soit disante 6ème République. Elle n’est pas légitime. Nous avons tout juste des gens qui gouvernent par la force et l’arbitraire et comme l’injustice et l’arbitraire n’ont jamais la vie longue, tôt ou tard nous triompherons de ce régime illégitime et illégal.
RFI : Le président Tandja affiche une totale indifférence à toutes les pressions qui viennent de l’intérieur comme de l’extérieur, qu’est ce que vous pouvez faire aujourd’hui ?
Marou AMADOU : Rires, je ne suis pas sûr qu’il soit indifférent non ! Il est assiégé de toutes les parts et un de ces jours il va jeter l’éponge. Et La preuve c’est que dernièrement vous l’avez entendu quand Agadez a été envahie par les eaux du Telwa, il a fait appel à la Communauté Internationale à laquelle pourtant il proclamait son indépendance et sa souveraineté. Nous sommes dans un monde interdépendant, le Niger ne peut pas vivre en vase clos. Le président Tandja est loin d’être serein, il fait semblant et ma conviction est que notre pays étant assiégé de toutes parts par le flot puissant de la démocratie et là où elles ont y lieu ces dictatures, que ça soit dans le Togo de Eyadema ou le Gabon de Bongo- je voudrais le dire, c’est parce qu’elles ont eu le temps de s’enraciner. Mais ça fait bientôt vingt (20) ans que nous vivons dans un régime relatif de liberté et de démocratie, on a grandit nous tous dans ce régime là donc nous ne sommes pas prêts à vivre dans un régime de suspicion et de terreur, c’est sûr que la dictature ne durera guerre au Niger.
RFI: Qu’est ce qui peut faire bouger Mamadou Tandja ? Est-ce la mobilisation à l’intérieur ou plutôt les pressions à l’extérieur ?
Marou AMADOU : c’est les deux. L’un ne suffira pas à le faire bouger, comme tous les dictateurs il ne reculera pas sous la pression seule parce qu’il semble bénéficier du soutien de son Armée donc c’est la conjugaison des forces intérieures et extérieures opposées au coup d’Etat constitutionnel du 4 Aout qui feront que le président Tandja va reculer par rapport à son entreprise illégale et illégitime.
RFI : Depuis un mois plusieurs figures de l’opposition sont interpellées, l’ancien premier ministre Mahamadou Issoufou ne peut plus quitter le pays, l’ancien Président Mahamane Ousmane et l’ancien premier ministre Hama Amadou risquent la prison s’ils rentrent au pays; est ce que de facto l’opposition n’est pas décapitée ?
Marou AMADOU: Ecoutez, Mahamadou Issoufou n’a guerre besoin de voyager, Hama et Mahamane Ousmane doivent rentrer et c’est tous ensemble que nous allons mener la résistance contre cette dictature.
RFI : Est-ce que depuis le début de la crise les partis politiques de l’opposition font tout ce qu’ils pouvaient pour empêcher le maintien du président Tandja Mamadou ?
Marou AMADOU : Il faut le reconnaitre certes, on ne peut pas dire depuis le début. Mais l’heure n’est plus aux critiques inutiles, vaut mieux tard que jamais. Je pense qu’aujourd’hui il y’a une opposition cohérente, soudée et déterminée qui se mobilise crescendo jusqu’à ce que nous triomphions dans notre pays.
RFI : Et est ce que faute de chefs de partis libres de leurs mouvements, vous n’êtes pas devenu Marou Amadou le principal animateur de cette opposition ?
Marou AMADOU : Ecoutez, personne n’est le principal animateur de cette lutte. C’est tous ensemble que nous avions besoin d’un pays dirigé par un Président de la République et non d’un pays dirigé par un dictateur qui a tous les pouvoirs concentrés entre ses mains et celles de son clan.
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